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The Artist (film français de Michel HAZANAVICIUS, 2011).
Comme Chantons sous la Pluie (1952), The Artist traite du passage qu’effectua le cinéma hollywoodien, du muet au « sonore et parlant », dont on sait qu’il fut fatal à d’innombrables comédiens, y compris des stars, trahies par une voix qui ne « passait » pas. Mais contrairement au chef-d’œuvre de Stanley Donen et Gene Kelly, le présent film est en noir et blanc « d’époque », et muet – à l’exception d’un cauchemar du héros (sonore, mais non parlant), et de la toute dernière scène, parlante et sous-titrée, le héros ayant alors enfin accepté de figurer dans un film sonore. Là où on aurait pu craindre une parodie quelque peu lourde ou condescendante, le réalisateur nous offre un vrai film « comme à l’époque », mi-comédie, mi-mélo, avec ces lumières et ces ombres que les chefs-opérateurs américains étaient allés chercher du côté de l’expressionnisme allemand, des ouvertures à l’iris, et un escalier qui n’est pas loin d’évoquer celui de la banque des Espions de Fritz Lang (mais on peut aussi penser à la belle architecture intérieure de nos Dianes !).
Nous avons pu voir récemment à Compiègne, grâce au Festival du Film, sur un écran de cinéma, une salle d’opéra, une cantatrice et un orchestre fictifs, qui venaient redoubler la salle réelle où nous étions assis, ainsi que l’orchestre et la cantatrice « en chair et en os » que nous avions le plaisir de voir et d’entendre. Ici, de la même façon, ce film muet nous montre, en abyme, comment on faisait des films muets, puis comment on a cessé d’en faire. Spectacle sur le spectacle, déclin d’un acteur vieillissant que vient secourir une jeune vedette montante : impossible de ne pas évoquer le bouleversant Limelight (1952) de Charlie Chaplin, de même que les exploits du petit chien, sauveteur de son « cabot » de maître, nous rappellent, du même génial auteur, A Dog’s Life (1918). Et la vente aux enchères des biens de George Valentin (superbe Jean Dujardin), et surtout son miraculeux come-back, « préfigurent », si l’on peut dire, la trajectoire de Fred Astaire dans Tous en Scène (Vicente Minnelli, 1953).
On voit donc que ce film « muet » ne se cantonne pas à la fin des années 20 et au début des années 30 : la musique qui accompagne la scène la plus dramatique, est celle que Bernard Herrmann composa pour Vertigo (1958) de Hitchcock, et ce dernier, réalisateur de Rebecca (1940), pas plus que le Fritz Lang du Secret derrière la porte (1948), n’aurait désavoué la séquence de l’incendie. Avec The Artist, on est bien, jusqu’au cou, dans le cinoche.
Claude
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