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Les Neiges du Kilimandjaro (film français de Robert GUẺDIGUIAN, 2011).
Cela commence par un tirage au sort, moyen arbitraire de dénoncer, en le redoublant, l’arbitraire des licenciements « économiques ». Michel, militant CGT irréprochable, n’hésite pas à s’appliquer à lui-même cet arbitraire, s’imposant ainsi, malgré lui, la pré-retraite.
C’est donc tout naturellement l’une des jeunes victimes de ce procédé, qui va le rendre à son tour victime d’un braquage, plongeant toute la famille dans la stupeur et le désarroi. À partir de là, Michel remettra en question toutes ses années de travail et de militantisme : mes méthodes de lutte étaient-elles les bonnes ? Le jeune malfrat, quelque inqualifiable et nuisible que soit son acte, n’avait-il pas, comme disait Renoir, « ses raisons » ? Il n’y a pas, en politique et dans le combat syndical, de « ligne juste », qui tomberait du ciel ou de la volonté d’un Comité Central : le bien-fondé d’une action humaine doit être tenu pour inséparable de l’effort incessant par lequel nous le soumettons à un examen critique.
L’ironie veut que ce soit le parcours d’une bande dessinée, la première qu’ait dévorée notre héros, qui fasse constamment rebondir l’intrigue : restituée à l’intéressé par son beau-frère Raoul, qui rend ainsi au vieux militant une part de son enfance, elle permettra à ce dernier, par un hasard quasi rohmérien, d’identifier leur agresseur. Et la fin du film nous apprendra que, loin de l’avoir acheté en toute légalité chez un libraire, Raoul a dérobé l’album à la mère de Michel – acte clandestin, mais perpétré dans l’intimité familiale de son bénéficiaire. Larcin, mais « pour la bonne cause », et en même temps signe d’une profonde fraternité, que l’on retrouvera dans les soins prodigués par le couple, d’abord séparément et à l’insu l’un de l’autre, à l’égard des jeunes frères du malfaiteur emprisonné, et qui aboutiront – hommage au Victor Hugo des Pauvres Gens – à une adoption, à la faveur d’un dénouement qui n’est pas sans rappeler celui du Fils des frères Dardenne.
« Mélo prolétarien », a-t-on dit de ce film. Certes, mais, par là même, assez inconfortable leçon de morale, et apologue politique.
Claude
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