My Little Princess (Eva Ionesco, France 2010)
Dans les années 70, Eva Ionesco, alors enfant, servit de modèle aux clichés érotiques de sa mère, la photographe Irina Ionesco. Ce film constitue l’exorcisme, sous la forme d’une libre adaptation cinématographique, d’une expérience personnelle extrêmement douloureuse. Il ne s’agit pas pour autant d’un « règlement de comptes » : à travers ces images, à la fois sophistiquées et morbides, Eva rend, en quelque sorte, hommage à l’univers visuel de sa génitrice, « monstre inconscient », explique Isabelle Huppert (admirable interprète de ce rôle), mère cruelle, mais éprise, en même temps, d’un amour fou pour sa fille, et croyant faire son bien au moment où, allant « beaucoup trop loin », elle la dépossède de son enfance, et n’hésite pas à creuser un fossé entre la fillette et les autres élèves de son collège. C’est dire que ce film, qui avait tout pour être choquant, échappe à tout exhibitionnisme malsain, et constitue une véritable réflexion sur le fameux « droit à l’image ».
« Princesse » : c’est bien dans le monde des contes de fées que nous nous trouvons. L’histoire de Peau d’Ane ne repose-t-elle pas sur un désir incestueux, bien présent dans ce film, et dont notre héroïne est le malheureux produit (« Le père, martèle la photographe abusive, est une anomalie de la nature») ? Dracula, imité, au plus fort de sa révolte, par l’enfant, n’est-il pas roumain ? Nous voici dans un « imaginaire » d’autant plus inconfortable qu’il touche aux premières années de la vie : pensons à Zéro de Conduite, à Allemagne Année Zéro, à Tomboy, au Gamin au Vélo… Et ce n’est pas un hasard si le final nous rappelle irrésistiblement celui des Quatre Cents Coups de François Truffaut…
Claude